Honda se distingue dans le domaine de l’électrique avec son modèle e:Ny1, un SUV qui offre une expérience de conduite et un confort appréciables, bien que ses performances soient considérées comme assez basiques. Cet engouement pour les véhicules électriques n’est pas nouveau pour le constructeur nippon. En effet, Honda était précurseur dans ce secteur avec le lancement du Honda EV Plus à la fin des années 90, un véhicule marquant qui témoigne d’une histoire remarquable.
Alors que l’industrie automobile mondiale évolue rapidement vers l’électrification, les entreprises japonaises semblent prendre leur temps. Cette prudence pourrait s’expliquer par diverses stratégies ou une certaine réticence à changer. Néanmoins, Honda a franchi le pas avec discrétion en proposant actuellement un seul modèle électrique dans sa gamme.
Cette approche mesurée ne doit cependant pas occulter le fait que Honda a été pionnier dans la recherche de solutions de mobilité durable sans émissions polluantes. Le fabricant continue sur cette lancée en intégrant progressivement des innovations technologiques destinées à répondre aux besoins changeants en matière d’automobile propre et efficace.
Renforcement des standards
L’épopée de la voiture électrique chez Honda prend racine dans les turbulences technologiques des années 80. Inspiré par l’influence croissante de General Motors sur le marché, le constructeur nippon décide alors d’embrasser le vent du changement. Il confie à une poignée d’ingénieurs chevronnés la mission d’élaborer un véhicule qui rompra avec les conventions motorisées de l’époque.
Le contexte s’avère être particulièrement propice lorsque, au début des années 90, la Californie lance son ambitieux programme ZEV-90 visant à purifier l’air en encourageant les véhicules non polluants. Face à cet impératif environnemental et économique, Honda accélère son pas pour ne pas être distancié au sein de cette course écologique où ses compatriotes ont déjà pris leurs marques.
Sous la houlette de Junichi Araki, cent esprits brillants se mobilisent pour donner naissance au Honda EV Plus, un bijou techno-écologique présenté en 1997. La firme réagit ainsi aux directives californiennes exigeant que les voitures électriques constituent une portion significative des ventes automobiles afin de combattre efficacement la pollution atmosphérique.
Avec son retard initial comblé, Honda se positionne désormais en acteur majeur du transport durable, une trajectoire initiée sous l’aile protectrice d’un état américain déterminé à embrasser un avenir plus vert.
Une première ébauche à enfouir dans la terre
Face aux contraintes des technologies anciennes, l’équipe d’ingénieurs a apporté d’importantes modifications à une Civic. Ils y ont intégré un moteur électrique courant et une batterie au plomb, malgré leur faible efficacité énergétique. Sachant que perfectionner la batterie nécessiterait du temps, ils se sont résolus à alléger le véhicule en utilisant de l’aluminium pour les panneaux et du plastique pour les vitres.
Le prototype achevé en juillet 1991 était opérationnel mais n’a pas suscité l’enthousiasme attendu auprès de J. Araki. Sa réaction fut sans équivoque : il remit en question la qualité même de ce véhicule avec véhémence, suggérant qu’il valait mieux l’enterrer que de le présenter comme tel. Il exprimait ainsi sa déception face à un projet qui, selon lui, manquait cruellement de passion, un élément essentiel à l’esprit innovateur caractéristique de la marque.
En effet, cette réaction témoigne d’une exigence propre à cet acteur majeur dans le secteur automobile où chaque création doit transcender une simple fonctionnalité pour toucher une dimension expérientielle plus profonde. Cela rappelle aussi combien les premiers pas dans le domaine naissant des voitures électriques étaient difficiles et marqués par une certaine précipitation due au manque d’expérience.
Fabrication d’un moteur électrique chez soi
La division spécialisée dans la création de voitures électriques d’une entreprise s’est attelée à la tâche de produire un modèle sans concession. Avec l’ambition de concevoir le meilleur véhicule électrique au monde, elle a opté pour l’innovation en fabricant ses propres moteurs. Ces derniers, compacts et performants grâce à des technologies inédites comme l’élimination des balais, ont fixé un nouveau standard dans le secteur.
Lorsque 1992 arriva, la production fut mise en avant-plan. Les responsables visaient une excellence sans faille et envisageaient une voiture offrant une expérience de conduite propre et confortable. C’est durant cette période que Honda présenta son prototype EV-X Concept au public du salon automobile de Tokyo.
Cependant, il restait un défi majeur : les batteries au plomb utilisées jusqu’alors se dégradaient rapidement sous les fortes chaleurs américaines. Face à cela, les ingénieurs ont vu dans la technologie Ni-MH (nickel-hydrure métallique), encore émergente à ce moment-là, une solution prometteuse.
Les progrès ne se sont pas arrêtés là puisqu’un groupe test composé de dix Honda CUV-4 a sillonné les routes californiennes afin de recueillir des données essentielles qui contribueraient au développement ultérieur du véhicule électrique. Après 130 000 km parcourus en essai, le premier prototype fonctionnel fût approuvé fin 1995. Finalement, c’est en janvier 1996 que Nabuhiko Kawamoto alors président chez Honda lança officiellement le projet qui marquerait une nouvelle ère pour la marque dans l’univers des véhicules électriques.
La Honda EV Plus quitte les chaînes de production
En avril 1997, Honda a franchi une étape significative avec le lancement de son tout premier modèle électrique, le Honda EV Plus. Ce véhicule s’est démarqué grâce à une conception spécifique qui visait à souligner sa nature électrique. Il arborait un design singulier sans calandre et une structure de carrosserie inhabituelle, marquée notamment par une double ceinture de caisse.
Le point fort du Honda EV Plus résidait dans ses batteries NiMH innovantes pour l’époque, offrant une capacité totale de 28,7 kWh et un poids substantiel de 486 kg. Ces batteries constituaient un progrès notable en termes d’autonomie et de longévité par rapport aux technologies précédentes. La voiture pouvait ainsi parcourir entre 95 et 160 km selon les conditions réelles d’utilisation.
Pour optimiser cette autonomie, le véhicule était équipé d’un système récupérant l’énergie lors des phases de décélération ainsi que d’une pompe à chaleur économe en énergie. Une particularité intéressante était le chauffage au mazout intégré qui ne se déclenchait qu’en dessous des 4 °C pour se conformer aux exigences environnementales strictes en Californie.
Quant au processus de recharge du Honda EV Plus, il nécessitait deux heures sur une prise standard de 220 V pour recharger complètement la batterie. Malgré quelques concessions faites pour maintenir la performance thermique dans certaines conditions climatiques extrêmes, ce modèle restera comme l’ancêtre des voitures électriques modernes proposées par Honda aujourd’hui.
Le Honda EV Plus Type R s’attaque à Pikes Peak
La mécanique d’antan peut prêter à sourire avec nos standards actuels, mais l’époque était marquée par de réels progrès technologiques. Prenez par exemple un ancien modèle de voiture pesant 1 630 kg : son moteur avant délivrait une puissance et un couple insuffisants pour propulser le véhicule avec vigueur. Ses performances étaient modestes : seulement 130 km/h en vitesse de pointe et plus de quatre secondes nécessaires pour atteindre les 50 km/h.
Cependant, Honda, désireux de prouver son savoir-faire dans le domaine des motorisations électriques, a investi dans la recherche pour associer performance et technologie électrique. Le terrain d’épreuve choisi ? La célèbre montagne Pike Peak.
En 1999, Honda a présenté une version transformée de ce modèle initial. Doté cette fois-ci d’un moteur électrique arrière et muni de batteries supplémentaires, le véhicule a été confié aux mains habiles du pilote Teruo Sugita. Cette initiative n’a pas été vaine puisque la voiture s’est illustrée en établissant un nouveau record dans sa catégorie lors de l’ascension mythique.
Ce succès représenta bien plus qu’une victoire technique ; c’était une manière pour Honda de montrer sa suprématie sur ses concurrents comme General Motors, tout en bénéficiant d’une publicité considérable. La compétition fut ainsi un tremplin non négligeable vers l’avancée des voitures électriques dans l’imaginaire collectif et leur acceptation sur le marché automobile global.
Un épilogue déplorable pour l’EV Plus
Le Honda EV Plus s’est révélé être un pionnier malchanceux dans l’univers des véhicules électriques. Commercialisé à un prix astronomique de 53 999 $, il se situait bien au-delà du tarif d’une Civic plus modeste, offerte à environ 12 000 $. Pour pallier ce désavantage financier et encourager l’adoption de son modèle électrique, Honda a lancé une offre de location sur trois ans à raison de 455 $ mensuels, incluant la couverture d’assurance complète, les frais d’entretien et le service d’assistance.
Malgré ces efforts, peu ont été séduits par cette proposition. En fin de compte, seulement 325 unités du EV Plus ont trouvé preneurs: la majorité aux États-Unis avec 300 locations suivie par le Japon et l’Europe avec respectivement vingt et cinq véhicules en circulation. L’exemplaire couleur vert émeraude conservé précieusement en Allemagne témoigne du potentiel non réalisé de cette voiture.
L’aventure du EV Plus a subi un épilogue décevant lorsque Honda a choisi de renoncer au marché des voitures électriques face à des normes assouplies. La décision finale fut la récupération puis la destruction d’une grande partie des modèles existants. Cela reste une issue regrettable pour une innovation qui avait simplement devancé son temps.